Saison 2012 – 2013
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Paru dans lequotidien.lu du 03 octobre 2012 :

Krav Maga, l’instinct de survie

articleLeQuotidienLu03102012

Méconnue et objet de certains fantasmes, la discipline d’autodéfense vient d’intégrer la Fédération luxembourgeoise des arts martiaux. Un club vient de se créer.

De notre journaliste : Charles Michel

 

Un club de krav maga vient de s’ouvrir au Grand-Duché. Dirigé par Yannick Federkeil, fondateur du club de Cattenom, il dispensera ses premiers cours dès demain soir. Nous sommes partis à la découverte d’une discipline créée pour lutter contre l’ennemi nazi et où l’on parle de testicules, de couteau et de kalachnikov. Et ce, le plus naturellement du monde…

 

Ah bon, tu t’y intéresses? Tu veux tuer quelqu’un? » Voici la première réaction d’un collègue au moment où je lui fis part de mon intention d’assister à une démonstration d’un sport pas comme les autres : le krav maga. Prononcez ces deux mots et vous obtiendrez autant de réactions possibles : soit votre interlocuteur vous fixe d’un regard circonspect et vous demande de répéter; soit, comme ce fut mon cas, il s’interroge sur votre santé mentale. Essayez donc…

 

Jeudi dernier, 20 h. Le parking du hall omnisports du Kiem, boulevard Pierre-Frieden au Kirchberg, est comble. Soudain, les portes s’ouvrent, le public pénètre à l’intérieur du gymnase où, accompagné de quatre de ses élèves, Yannick Federkeil est prêt à passer aux choses sérieuses. Pantalon de kimono noir, t-shirt blanc et cheveux courts, l’homme joue, pour l’occasion, le rôle de la « victime » agressée à mains nues, seul ou en bande, au couteau ou à l’arme à feu. Interrogé sur l’indispensable nécessité d’utiliser une kalachnikov (en plastique), Yannick Federkeil se veut lapidaire : « Aujourd’hui, vous avez plus de risques d’être attaqué par une kalachnikov que par un sabre… » Une comparaison rejoignant une autre entendue quelques minutes plus tôt : « Les chevaliers sont morts, nous, on est toujours vivants. »

 

Bien sûr, ce discours peut heurter certaines âmes sensibles mais celui-ci s’inscrit dans celui de son fondateur : Imi Lichtenfeld. Ex-lutteur tchécoslovaque disparu en 1998, celui-ci mit au point dans les années 30 une technique de combat devant permettre aux jeunes du quartier juif de Bratislava de se défendre contre des attaques antisémites. Lui-même prit part à quelques rixes avant de plier bagage vers Israël qu’il rejoignit au terme d’un véritable périple.

 

« Pas le style mais l’efficacité »

 

En hébreu, krav maga signifie littéralement « combat rapproché ». Un art où le style est secondaire. « Ceux qui veulent faire de jolis katas, surtout, ne venez pas chez moi », lance souriant Yannick Federkeil, avant de prévenir : « Ici, ce qui compte, ce n’est pas le style mais l’efficacité. » Pour cela, cibler des zones sensibles : parties génitales, nuque, gorge, yeux. Avec si besoin l’aide de l’environnement. « Pourquoi mettre un coup de poing quand tu peux claquer la tête de ton adversaire au sol? », demande ce ceinture noir de Krav Maga 4e dan, le crâne de Pierre, un de ses élèves, entre ses pognes, pour qui la révélation s’est faite le jour de sa rencontre avec Richard Douieb, disciple direct d’Imi Lichtenfeld qui le forma lors de son passage dans l’armée israélienne, fondateur en 1997 de la fédération européenne et ancien formateur officiel et exclusif du GIGN français en self défense de 1993 à 2005. « Je me suis rendu à un de ses stages à Paris et, alors que j’étais déjà ceinture noire de karaté 3e dan, on a fait un combat « no limit » pour voir : il a littéralement joué avec moi (rires). J’ai compris que le style était une chose, l’efficacité en était une autre », confie très calmement ce responsable sécurité dans une banque luxembourgeoise.

 

À ses yeux, et contrairement à d’autres arts martiaux, le krav maga, tout juste affilié à la Fédération luxembourgeoise des arts martiaux (FLAM), est une discipline en perpétuelle évolution. « Récemment, on a découvert une formidable technique de clé de bras au jujitsu brésilien. Pourquoi ne pas s’en servir et l’enseigner? En fait, ce n’est pas le krav maga qui fait l’homme mais l’homme qui fait le krav maga. » Ce qui explique que, depuis la disparition de Lichtenfeld, en 1998, différents « courants » aient vu le jour. Comme au Brésil, par exemple, où l’on mise avant tout sur une bonne dose d’agressivité. « Mais je leur ai démontré qu’on pouvait être efficace tout en gardant le sourire », s’amuse celui dispensant ses cours à bon nombre de corps de métiers liés à la sécurité et notamment aux unités spéciales de la police. Point sur lequel il n’a pas souhaité s’exprimer.

 

Julia et Tessy sous le charme

 

Ne vous y trompez pas, le krav maga n’attire pas que de gros balèzes en manque de sensations fortes.

 

Au contraire. Jeudi dernier, ils étaient un peu moins d’une centaine à s’être massés le long de deux pans de mur du gymnase. À l’instar de Julia, 29 ans, étudiante en biologie que l’on croisa formulaire d’inscription et crayon à la main. « J’en ai déjà fait lors de mes études à Strasbourg », déclare-t-elle visiblement transformée par l’expérience : « On prend davantage confiance en soi, de ce que l’on peut faire en cas d’agression… » La demoiselle ne termine pas sa phrase. En face d’elle, assise sur un banc, Tessy, jolie blonde aux yeux clairs chez qui l’on ne soupçonne pas une once d’agressivité, surprend : « Par le passé, j’ai fait du kickboxing mais c’était plus pour me détendre. Là, je veux simplement savoir quoi faire en cas d’agression. » Cette motivation, beaucoup l’ont. À l’instar de Christophe, 30 ans, cultivant sa svelte silhouette à raison d’une à deux heures par jour à coups de séances d’escalade, de badminton, de squash ou de course à pied. Le krav maga, il le connaît. « J’en fais à Bastogne mais c’est vrai que cette démonstration m’a beaucoup plu », dit-il tout en confiant nourrir un rêve : « Être un jour ceinture noire. »

 

En « krav », comme l’on dit dans le jargon, il est possible de passer de la ceinture blanche (débutant) à la noire en l’espace de cinq ans. Et ce au rythme de trois couleurs lors de votre première année pour atteindre la verte puis, selon le désir de chacun, au rythme maximum d’une par an. Ensuite, il sera question de « darga », terme israélien signifiant grade.

 

Avant de repartir du hall omnisports du Kiem, on ose la question fatidique à Yannick Federkeil : apprend-on à tuer? Réponse : « Bien sûr que ce n’est pas bien de péter une rotule, de mettre les doigts dans les yeux ou un coup à la gorge mais si cela me permet de sauver ma peau, je n’hésiterai pas. Après, bien évidemment, le but n’est pas de tuer. Mais de se défendre. D’ailleurs, une fois l’adversaire au sol, la première consigne est de partir en courant… »